"Vivants d'outre-tombe" - poème de Christian Estevez

Vivants d'outre-tombe


Par une nuit calme et sereine
La cloche retentit douze fois
sous le regarde d'une lune pleine
Appelant les morts d'une douce voix.

A quelques mètres de là
De bons vivants faisant ripaille,
Loin de penser à leur trépas,
D'ivresse tressaillent.

Tandis que l'ami Sylvestre se retire sous les bravos,
Les morts-vivants se réveillent et sortent de leur tombeau
Et s'apprêtent à prendre leur revanche sur les vivants
Alors que ces derniers fêtent le Nouvel An.

Dans une chaleur moite et épaisse,
Dansants sous la lumière des lampions,
Se confondent à mourir d’allégresse,
Et s'enivrent de grandes sensations.

Alors, Surgissent les éternels absents
Prenants, d'assaut, les âmes de certains
A qui la fête n'a pas su donner son accent,
Qui, soudain se lèvent d'un mouvement incertiain,
Et cherchent leur liberté dans leur sang.

Dans la noirceur
De la vie,
Dans la douleur
De la nuit,
A présent sont vainqueurs
Les combattants de l'après-vie.




Christian Estevez
31/12/1989



Contexte :

Ce texte, qui traite des personnes qui se suicident les soirs de réveillon de nouvel an, a été écrit vers 22h, dans la grande salle d'un restaurant d'une commune proche de Rennes, où j'étais invité par les parents de mon meilleur ami (véritable « frère d'âme »), et où se trouvaient plus d'une soixantaine de personnes ayant payé pour leur repas de réveillon, tandis que, de l'autre côté de la rue, en face du restaurant, se trouvait le cimetière municipal.

Étant inspiré pour écrire ce texte, dès l'apéritif, avant 21h, mais n'ayant pas de papier avec moi, c'est, finalement, sur la serviette en papier qui se trouvait dans la corbeille à pain, coupé en tranches, que j'ai composé le présent texte, ne faisant que 3 ratures et ne l'ayant jamais retouché par la suite.
 

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