"Passagers" - poème de Christian Estevez

Passagers


Elle était là, assise sur un banc,
Les bas croisés, dévoilés par le vent.
Ses joues étaient rouges, assurément,
A cause du regard des passants.

Il était las, ainsi que tremblant,
Les bras croisés, comme impotent.
Ses pieds dessinaient, apparemment,
Les angoisses de son inconscient.

Mais ils s'étaient tous deux remarqués.
Elle derrière sa confusion, lui son anxiété.
Ils ressemblaient à deux adolescents
Qui ont peur d'aller de l'avant.

Elle ressemblait à un mannequin de Cerutti :
Le teint mât, grande, les jambes fuselées.
Lui à un héros de Dostoïevski :
Le teint pâle, maigre et l'esprit visiblement torturé.

Il y avait, entre eux, ce fossé
De deux vies diamétralement opposées.
Mais sans doute est-ce cette grande différence
Qui fit cette si troublante attirance.

Elle longea la ligne d'horizon,
Admirant le ciel clair et azuré.
Puis, plongeant dans la mer, au plus profond,
Ou il se trouvait, rempli de calme et de sérénité.

Il s'envola en direction du levant,
Traversant les terres et les mers d'Orient.
Puis se posa en pleine plantation de thé
Où elle l'attendait, belle comme un été.

Durant l'ombre d'un souffle léger.
Le temps d'une furtive pensée.
Ils connurent ce voyage privilégié
Dont ils étaient les seuls passagers.


Christian Estevez
26/02/1992

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